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Anticiper l'impact du numérique sur le travail des femmes

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Un récent rapport parlementaire invite à anticiper les effets du numérique sur le travail des femmes. Le point avec la députée (PS) Catherine Coutelle, présidente de la Délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Le rapport que vous avez remis dans le cadre du projet de loi pour une république numérique évoque les impacts de la transformation numérique sur le travail des femmes. Quels sont-ils ?

C.C. : Il y a encore débat sur l’impact quantitatif. Mais on sait que les emplois les moins qualifiés sont touchés par le numérique et l’automatisation. Or, 64 % de ces emplois sont occupés par des femmes. On peut penser que les emplois très peu qualifiés dans le secteur des services à la personne seront peu concernés. En revanche, l’impact risque d’être important pour les métiers de l’accueil et de l’intermédiation (dans la banque, dans certaines administrations,…). D’ores et déjà, ces métiers très largement féminisés sont de moins en moins présents : aujourd’hui, on ne va plus à la banque ; en 2017, la déclaration des impôts en ligne sera obligatoire pour certains contribuables.

L’autre volet de la transformation numérique, c’est la transformation des métiers. Avec des impacts qui peuvent être négatifs. On le constate par exemple avec l’automatisation des caisses qui transforme le métier des caissières. La caissière devient multitâches : elle doit surveiller plusieurs caisses, contrôler le client tout en le dépannant. Cela peut avoir un impact sur sa santé mentale et physique.

Les outils numériques facilitent le télétravail. Est-ce une opportunité pour les femmes ?

C.C. : Sur ce point, j’invite à la prudence. Certes, le télétravail peut faciliter la conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée. Mais cela ne doit pas rester une problématique réservée aux femmes. Et le télétravail ne doit en aucun cas se faire à temps complet. J’ai été surprise, lors des auditions, de constater que les stéréotypes de genre avaient la vie dure. Ainsi beaucoup d’hommes cadres prennent seuls la décision de télé-travailler alors que les femmes cadres doivent demander l’accord de leur supérieur. Un homme qui télé-travaille est considéré comme motivé, une femme comme moins engagée !

Que préconisez-vous pour assurer l’égalité des chances face aux évolutions du numérique ?

C.C. : Au-delà des questions d’emploi, le rapport préconise de développer l’éducation numérique. Il n’y a aujourd’hui que 11 % de filles dans les filières numériques alors que leur niveau de formation est supérieur à celui des garçons. Il y a donc un sérieux problème d’orientation, alors que le secteur du numérique est très porteur en matière d’emplois et qu’il représente une réelle opportunité à saisir pour les femmes. Pour revenir sur la question du travail, j’ajouterais que l’impact du numérique sur l’emploi – et pas seulement sur celui des femmes - reste un sujet encore trop peu étudié. Une étude prospective serait un travail utile à mener, dont pourrait se saisir l’Anact !

Pour approfondir le sujet :

"Rapport d’information fait au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes sur le projet de loi pour une république numérique", décembre 2015


Catherine Coutelle - Intervention dans l... par ccoutelle

Intervention de Madame la députée Catherine Coutelle dans l'hémicycle, le mardi 19 janvier, dans le cadre de la discussion générale du projet de loi pour une République numérique. La députée a présenté le rapport de la Délégation aux droits des femmes, dont elle est l'auteure, sur le projet de loi et plus généralement sur les enjeux, les risques et les opportunités de la révolution numérique pour les femmes.

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