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Quand hygiène et conditions de travail font bon ménage !

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A quelles conditions un projet d'investissement dans une entreprise de l'agroalimentaire peut il être un succès et le gage d'une meilleure performance de l'entreprise ? Lorsqu'il associe amélioration des conditions de travail et réduction des risques de contamination, répond le projet "Hygiène et ergoconception" proposé par l'Aract des Pays de la Loire et le CTCPA !

Effectif : 35 - Activité : Agriculture / Agroalimentaire - Région : Pays de la Loire

Présentation de l'entreprise

Depuis près d'un siècle, cette entreprise agricole s'organise autour de la production, de la transformation et de la commercialisation de produits agricoles et de ses dérivés. Installée dans un village à la campagne, elle s'est industrialisée au fil du temps, un certain nombre d'opérations ayant été mécanisées. De ce fait, la partie purement industrielle de transformation fonctionne avec une part minime des 35 salariés de l'entreprise.
Le souci de développer l'efficacité et la qualité d'une part, conjugué avec l'augmentation des volumes de produits traités par l'entreprise d'autre part, la conduise à procéder à une nouvelle extension de ses locaux de production. Cette extension s'accompagne de l'introduction d'un nouveau procédé pour l'une des opérations industrielles, et d'un réaménagement plus large des zones de production.

La demande de l'entreprise

Les investissements évoqués ci-dessus constituent un enjeu important pour l'entreprise, du fait des moyens financiers engagés. En particulier le nouveau procédé envisagé constitue une inconnue pour cette entreprise, qui souhaite un accompagnement extérieur afin de sécuriser la conception et de l'aider à rédiger le cahier des charges du nouveau matériel.
L'entreprise a ainsi fait appel à un centre technique sur l'hygiène alimentaire, avec lequel elle avait déjà travaillé par le passé. Le centre technique a proposé à l'entreprise de l'appuyer dans le cadre d'une action collective en partenariat avec l'Aract. L'entreprise a rapidement accepté d'élargir son projet à l'ergonomie, convaincue que les salariés doivent se sentir bien pour bien produire.

Démarche

Plusieurs projets : bâtiment, matériel, aménagement ; plusieurs intervenants extérieurs : architecte, fabricant de machine, centre technique, Aract ; la première étape de la démarche consiste à interroger l'entreprise sur sa demande afin de préciser ses attentes, le rôle des acteurs et le périmètre d'intervention, ainsi que de faire entrer les salariés dans la boucle.
Cette phase se concrétise par la tenue d'un premier comité de pilotage, en y associant les salariés du secteur concerné.
Il en ressort des objectifs et des enjeux que direction et salariés ont partagés. Tout d'abord, un tour général sur le procédé est attendu pour valider l'implantation générale des activités. Un double regard sur la logique de flux et sur les conditions de travail doit permettre de gagner en efficacité et en sécurité. A ce stade ce sont les aspects de manutention qui sont principalement mis en avant. Ensuite, deux endroits particuliers ressortent pour un focus plus approfondi : la zone qui accueillera le nouveau matériel et l'activité autour de celui-ci ; et une zone dont l'entreprise veut renforcer la vocation de salle blanche.
A ce jour, plusieurs éléments contrarient cette vocation de salle blanche : difficulté à faire respecter le port des tenues vestimentaires appropriées, passage de personnes extérieures à l'activité, portails et fenêtres qui restent ouverts.

Pour le déroulement de la démarche, l'Aract sur l'aspect ergonomie et conditions de travail, et le centre technique sur l'aspect hygiène alimentaire, collaborent directement dans l'intervention. L'entreprise se charge de l'interface avec l'architecte et le fabricant de machines (cf le projet Ergonomie et Hygiène pour l'Industrie Agroalimentaire)
L'Aract et le Centre Technique mettent en œuvre l'étape de diagnostic. Certaines observations de terrain sont menées en commun. L'Aract approfondit de son côté le diagnostic en ayant recours à des entretiens individuels.

Les points mis en évidence dans le diagnostic et les pistes de solutions sont débattues dans l'entreprise de deux manières : Soit lors de revues de plan auxquelles participe aussi le centre technique, et à la suite desquelles les salariés sont informés ou consultés sur les points qui les concernent par leur responsable, soit au sein d'un groupe de travail participatif qui balaye l'ensemble des points qui se rapportent aux conditions de travail.

Le centre technique pose comme fondement la définition de deux zones, une zone blanche où l'aspect hygiène est renforcé, et une zone grise dans laquelle le produit n'est pas directement exposé à son environnement.

Puis l'Aract fait travailler l'entreprise sur les différentes salles à l'intérieur de chacune de ces grandes zones : ce qui y entre, ce qui en sort, les activités qui y sont réalisées, les besoins de matériel ou d'informations...

Ceci conduit à compléter les choix de conception du bâtiment et son équipement : ajout de points d'eau, regroupement de matériel dans un rangement adéquat, proche de son lieu d'utilisation, et même création d'un second poste informatique. L'accès à un poste informatique unique, situé dans la zone blanche, a en effet été identifié comme une cause importante d'allers et venues dans la zone de personnes d'autres secteurs, pour imprimer des étiquettes ou saisir une livraison dans l'informatique par exemple.

Ces actions sont de nature à favoriser le bon fonctionnement de la zone blanche : non par la contrainte qui s'avère infructueuse, mais en analysant les causes des dysfonctionnements rencontrés, en proposant des alternatives acceptables, et en limitant les contraintes directement sur les salariés.

Dans la même logique, il a été convenu qu'un des espaces serait considéré tantôt en zone grise, tantôt en zone blanche suivant l'activité qui y sera réalisée, ceci afin d'éviter la contrainte de changement de tenue trop fréquents sur une opération qui nécessite beaucoup de déplacement entre deux pièces. Le fait d'avoir réfléchi aux conditions de port des tenues de salle propre, et cherché des solutions organisationnelles pour prévenir les cas où elles deviendraient source de contrainte trop forte, favorise leur acceptation par les salariés.

Citons encore la fermeture des portes et fenêtres en zone blanche. L'une des raisons en est la régulation thermique du local. Une action rapidement mise en place a été de couper l'alimentation d'un circuit de chauffage en dehors de la période hivernale. Ainsi le local nécessite moins d'être refroidi. Par ailleurs un renouvellement d'air est tout à fait compatible avec la nature du produit. Des moustiquaires seront installées pour permettre l'ouverture des fenêtres sans risque d'altération du produit par des insectes. Ce qui peut sembler anecdotique de prime abord, ne l'est pas pour des salariés qui ont choisi au départ le milieu agricole pour le travail en plein air. Dans ce contexte, pouvoir ouvrir les fenêtres est préférable à travailler dans une salle blanche totalement hermétique.

Au final, l'ensemble des éléments de diagnostic et de solutions ont été étudiés du double point de vue ergonomie et hygiène. Un dernier comité de pilotage a permis de faire la synthèse de l'ensemble de la démarche menée dans cette entreprise.

Bilan Perspectives

Concevoir et investir dans de nouveaux locaux et équipements constitue une étape normale et plus ou moins fréquente de la vie de l'entreprise. Bien souvent les considérations financières et techniques prédominent. Ce sont en effet des conditions nécessaires à la réussite d'un projet. Cependant elles ne sont pas suffisantes. C'est ce qu'a bien compris cette entreprise, en intégrant pleinement à son projet une réflexion sur les conditions de travail.

A quelles conditions les futurs équipements seront-ils utilisés le plus efficacement possible ? Comment concevoir le bâtiment pour qu'il favorise l'activité envisagée plutôt qu'il ne l'empêche ?Quels aménagements, quelle organisation permettront d'assurer la sécurité des salariés et de respecter les objectifs fixés, sans surcoût ultérieur ni perte de temps ?Comment ne pas transposer dans le futur ce qui ne fonctionne pas aujourd'hui ? Et en particulier quand les consignes promulguées aux salariés ne sont pas compatibles avec les moyens et l'organisation qui sont mis à leur disposition.

Voici quelques thèmes que l'accompagnement de l'Aract a permis à cette entreprise de traiter à l'occasion de ce projet, et qu'elle a pu mettre dans la balance au moment de faire ses choix de conception.

Ce travail vise à donner aux conditions de travail une place pleine et entière dans le projet, afin qu'il contribue à sa réussite. L'analyse de la situation de travail de départ est indispensable dans cette optique, autour des différentes formes et phases d'activité : physique, administrative, organisation ; en tenant compte également des évolutions futures envisagées.

Dans le cas présent, la co-intervention avec un expert du nettoyage a rendu évidente l'intégration des phases de nettoyage. Néanmoins, plus généralement ce sont bien toutes les phases d'activité et pas seulement la phase de production qui doivent être considérées.

Combien d'équipements présentent des risques accrus en terme de postures, de chocs, d'efforts... au moment des opérations de maintenance par exemple ?

En conclusion, ne pas donner toute leur place aux conditions de travail au moment d'un projet de conception, c'est leur laisser le rôle de variable d'ajustement. Or un projet qui ignore l'activité à laquelle il est destiné a toutes les chances d'aboutir à un résultat plus ou moins éloigné des besoins réels. Fonction de cet éloignement sera l'ampleur des ajustements dont le poids reposera sur les salariés, avec le risque de conséquences néfastes sur leur santé que l'ont connaît, dû à des conditions de travail dégradées.

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