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Anticiper le vieillissement et l'usure professionnelle

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Tournée vers l'avenir et une évolution organisationnelle sur le long terme, une entreprise de fabrication de meubles de bureau sollicite l'ARACT des Pays de la Loire pour l'accompagner dans une réflexion sur le vieillissement des salariés et l'usure professionnelle. L'intervention, centrée sur le service des expéditions, a permis de construire des réponses opérationnelles.

 

Cette entreprise, à la charnière de l'artisanat et de l'industrie, existe depuis 1967. Elle emploie 60 personnes qui fabriquent des meubles de bureau haut de gamme, c'est-à-dire des produits lourds, encombrants, et difficiles à manipuler. Le catalogue est extrêmement diversifié et se traduit, en production, par des petites séries, voire des pièces à l'unité qui limitent le recours à des automates. L'ancienneté moyenne est de 22 ans, et nombre de salariés ont autour de 50 ans.

 

Demande de l'entreprise

Le médecin du travail répertorie plusieurs cas de mal de dos et de TMS ; il considère par ailleurs que ces pathologies concerneraient les 3/4 des salariés... Le risque est clair : multiplication des inaptitudes à la manutention et difficultés de " reclassement ".

Démarche

C'est dans ce contexte qu'est sollicitée l'Aract des Pays de la Loire. Ce premier contact sera bientôt suivi d'une intervention confiée à une ergonome. Une secteur cible est défini : les expéditions, où les opérateurs sont confrontés à de nombreuses manutentions. La démarche s'engage par un état des lieux " classique " (caractéristiques des opérateurs, des locaux, des outils, des procédures, des clients, etc.). Puis un groupe de travail est mis en place, dans lequel 3 opérateurs des expéditions, le responsable du secteur, le technicien méthodes s'impliquent. Ce groupe, dont les travaux sont suivis par le CHSCT de l'entreprise, est le lieu où va se construire, parallèlement à l'appropriation des objectifs, une " méthode " de travail. L'approche consiste à " mettre en débat " les problèmes rencontrés et les risques encourus : plutôt qu'un regard " normatif ", seront privilégiés la confrontation des points de vue et le partage des analyses. Un exemple rapide illustrera ce cheminement collectif. L'intervenante présente au groupe les résultats d'une expérience construite avec les opérateurs en vue de comparer les façons de faire selon l'âge : la consigne était de déplacer, selon un parcours convenu, un chariot de l'entreprise, les forces de traction exercées étant mesurées à l'aide d'un dynamomètre. Les résultats sont jugés très édifiants par le groupe : les plus jeunes " y vont carrément " déployant de façon discontinue une traction de 40 kg. Le plus âgé exerce une force plus constante, inférieure de moitié à celle de ses collègues. Les qualités " d'économie " de cette stratégie sont rapidement reconnues par tous ... mais on convient aussi que, plus jeune, on a parfois besoin de se " dépenser " . Car l'option méthodologique retenue est d'alimenter la réflexion des uns et des autres, sans " imposer " quoi que ce soit en matière de mode opératoire. Le but n'est en effet pas de " normaliser " mais de développer des " savoir faire collectifs de prudence ". Par ailleurs, cette approche, qui à d'autres moments fonctionne selon une démarche de résolution de problèmes, permettra toute une série de " petites " améliorations. Les opérateurs en apprécient grandement l'impact : changement des roues de tel chariot dont les caractéristiques sont apparues mal adaptées, ré-agencement des zones de stockage à partir d' une réflexion sur les déplacements, amélioration de la lisibilité des étiquettes " produits ", etc...

Bilan

L'intervention aura duré au total huit mois, soit 16 jours d'intervention à un rythme globalement bimensuel. Elle n'aura rien produit de " spectaculaire ". En revanche, son impact est notable : une authentique confrontation des expériences et des enjeux des uns et des autres a donné un " statut " au débat sur l'usure professionnelle et le vieillissement des salariés. L'âge est considéré aujourd'hui dans l'entreprise autant comme une réduction des performances physiques que comme synonyme de savoir faire et d'expérience. Fondamentalement, quelque chose a changé : l'usure, la fatigue sont, un peu plus, des questions qu'il est légitime d'aborder. Car malgré la situation économique tendue que traverse actuellement l'entreprise, chacun est convaincu qu'il s'agit d'un enjeu pour l'avenir.

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