Les entreprises, du fait du ralentissement de l'économie, sont confrontées à de multiples questions : comment maintenir leurs performances en améliorant les conditions de travail ? Comment fidéliser leurs salariés et leurs compétences dans un contexte de baisse d'activité ? Comment améliorer leur productivité ? Comment saisir les opportunités de développement sans dépendre totalement d'investissements difficiles à mettre en place ?

Une expérimentation Aract - UPA - Chambre de métiers et de l'artisanat de Loire-Atlantique

Les entreprises artisanales disposent, dans ce contexte, d'atouts indéniables (proximité avec leur marché, relations chefs d'entreprises/salariés facilitées, forte réactivité...) mais manquent de temps et de ressources (fonction RH quasi-inexistante, organisation du travail construite avec le temps et parfois sans approche globale...) pour anticiper et élaborer des réponses à ces questions complexes.
L'Union Professionnelle Artisanale de Loire-Atlantique et l'Action régionale pour l'amélioration des conditions de travail, ont conduit, sur la base de ces constats et en lien avec la chambre des métiers 44, une action innovante d'accompagnement dans 5 entreprises artisanales différentes (menuiserie, coiffure, boulangerie, électricien, garage automobile).
Les résultats de ces chantiers permettent d'agir autant dans le champ initial (conditions de travail et qualité de vie en entreprise) que vis-à-vis de volets plus économiques, commerciaux ou techniques en rapport avec les problématiques citées plus haut.

Un principe : partir des priorités et des besoins de l'entreprise

Le retour d'expérience des chantiers conduits avec des TPE met en évidence plusieurs constats :
- Les thématiques « importées » par les intervenants extérieurs trouvent difficilement leur place dans la durée au sein de l'entreprise
- Le relais apporté, dans la conduite du chantier, par les acteurs de l'entreprise peine à se faire du fait de leur manque de disponibilité et des difficultés à s'approprier la méthodologie
- La durabilité dans le temps des effets des interventions est souvent réduite du fait de priorités nouvelles et jugées plus urgentes.
Partant de ces éléments, les intervenants ont eu, avec les TPE volontaires, des échanges préliminaires. Ceux -ci ont permis de mettre en évidence, parmi leurs urgences et leurs préoccupations, la mise en place du document unique d'évaluation des risques (DU ou DUERP). Le choix a été fait de donner comme objectif à l'accompagnement de la TPE l'élaboration de son DU.
Soucieux de maximiser les effets du travail accompli à cette occasion, l'intervenant de l'Aract a incité le chef d'entreprise et le salarié mobilisé à cette occasion à lier rédaction du document, approche globale et actions concrètes.

Des résultats en phase avec les préoccupations et les leviers de développement des entreprises

Les illustrations suivantes (non exhaustives) sont issues des interventions conduites en entreprise :
Boulangerie : une part croissante du chiffre d'affaire est réalisée du fait du fort développement de la restauration hors domicile sous forme de sandwichs et de formules. Cette évolution a un impact important sur le dimensionnement et la localisation dans le magasin des zones de préparation et de vente dédiées aux différents produits. Elle est abordée, sous toutes ses composantes (humaines, physique, technique...) dans le cadre de l'accompagnement.
Salon de coiffure : l'évolution des demandes de la clientèle et des techniques de coiffage (« lissage brésilien ») peuvent avoir un impact important sur les gestes professionnels (modalités optimales de déploiement du geste), la répartition de la charge de travail dans la semaine (rdv placés en début de semaine pour permettre la récupération avant le week-end), le planning des employés (pour disposer de l'espace nécessaire pour déployer le mouvement). Elle est pris en compte comme telle dans le travail conduit lors du DU.
Menuiserie /charpente : à partir d'un DU existant, découpage de l'activité de l'entreprise en unités de travail pertinentes et identification de salariés pilotes pour chacune d'entre elles afin de faciliter l'appropriation de la démarche, son suivi et sa régulation.

Des interventions favorisant le dialogue social dans l'entreprise

L'absence d'instances représentatives du personnel dans les TPE ne permet pas à ces dernières de s'appuyer sur des dispositifs institutionnels identifiés permettant d'échanger et de travailler dans la durée sur divers sujets liés à l'activité et au fonctionnement de l'entreprise.
La diversité des sujets directement ou indirectement abordé au-delà du repérage des risques professionnels, lors de l'élaboration du DU (process de production actuel et optimisé ; contenus, installation et composantes techniques/technologiques des postes de travail , facteurs de risques actuels et futurs...), a apporté au champ couvert une dimension dépassant la stricte entrée « risque professionnel ».
Par ailleurs, le nécessaire suivi à mettre en œuvre pour faire vivre la démarche DU a donné au travail mené une perspective « qualité de vie au travail » et une durabilité bénéfique.

Des modalités d'intervention transposables dans d'autres entreprises artisanales

L'analyse mise en œuvre à l'issue des interventions permet de dégager les points de repère suivants concernant les conditions de leur faisabilité :
1. Accord du chef d'entreprise qu'une impulsion soit donnée par un acteur extérieur à l'entreprise
2. Acceptation d'une méthode de travail globale dépassant le strict sujet des risques professionnels et basée sur l'échange entre le chef d'entreprise et un salarié concernant les activités liées à la production et leurs conditions de mise en œuvre dans le sens de l'amélioration de la qualité de vie au travail
3. Délégation à un salarié, sur une longue durée, d'une responsabilité particulière sur un sujet transverse à l'entreprise.
4. Accord de principe pour conduire sans délais des actions correctrices ou préventives avec le bon sens comme boussole